Marathon de Boston – 2015

Un gilet jaune et bleu avec une licorne, pour 99% des gens cela ne signifie absolument rien, mais pour les 1% de la population qui ont déjà complété un marathon cela signifie Boston. Le plus vieux marathon, le plus difficile à se qualifier, et en plus il a lieu en avril ce qui signifie que l’on doit s’entrainer toute l’hiver à des températures pas toujours plaisantes!

Mais tous les coureurs veulent y aller, au moins une fois dans leur vie. Pour certaine personne c’est pour le rayer de leur « bucket list » pour d’autre c’est pour vivre l’expérience du plus vieux marathon, chaque coureur a ses raisons. Pour moi c’était pour plusieurs raisons, je voulais la courir au moins une fois, je voulais vivre le trip avec mon chum Alex, je voulais faire un autre des marathons majeurs (New-York et Boston de fait, il ne m’en manque que quatre)
J’avais dit avant d’y aller que je ne le referais pas, le training dans les bancs de neige et dans le froid de l’hiver Québécois est loin d’être optimale. Aujourd’hui, je ne suis plus si certain de cette affirmation! Mais cela étant dit, revenons en arrière de quelques jours.

Samedi le 18, on arrive à Boston, Alexandre et sa conjointe, Hélène et moi. Petit arrêt à l’expo afin de ramasser nos dossards, dépenser trop d’argent sur du linge de course (pas comme si je n’en avais pas assez déjà) et profiter des différents kiosques qui nous font gouter aux barres tendres, gels, etc. puis direction l’hôtel.

Pour souper un petit steak, qui aurait rendu jaloux Fred Cailloux, et une bonne bouteille de rouge! On relax entre amis quoi.

Dimanche on sort pour un petit jog Alex et moi, puis on monte en ville pour visiter un peu. Je vais pouvoir dire que j’ai été à Harvard, en autant que personne ne me demande en quoi j’ai étudié …

Lundi matin, le départ du marathon est à 10hrs, ma vague pour sa part décolle à 10h25. On décide donc qu’on peut se permettre de dormir un petit peu. On se lève à 5h15, le temps de se préparer et de déjeuner puis on quitte l’hôtel en direction du train de banlieue qui nous amènera jusqu’au centre-ville de Boston.

Rendu là on saute dans l’autobus qui nous conduit à la ligne de départ. Un bon 50 minutes de bus, disons qu’Alex et moi espérions à ce moment-là ne pas reprendre le même chemin pour revenir car il nous semblait pas mal plus long que 42km.

Rendu au village des athlètes on relax un peu en attendant que ça soit notre tour à avancer dans les enclos de départs. De mon côté j’ai craint que ma fasciite plantaire me donne du trouble, j’appose une crème sur mon pied afin de me geler un peu. Puis c’est au tour du ruban adhésif pour m’entourer le pied bien comme il faut de manière à ce que ça tienne le coup, au moins 42.2 km. 😉

Cette blessure est présente depuis cinq semaines maintenant, elle m’a forcé à arrêter de courir pendant presque quatre semaine. Je sais très bien dans mon fort intérieur que mon objectif de courir sous les 3h10 est maintenant inatteignable, mais j’ai toujours espoir d’être en mesure de terminer entre 3h20 et 3h25, 3h30 si ça va vraiment mal.

Puis c’est à notre tour, on s’avance dans le village de Hopkinton et on se place dans l’enclos cinq. À chaque fois que l’on arrive dans un enclos les bénévoles avertissent Alex qu’il est dans le mauvais vu son temps de qualification plus rapide, et à chaque fois il a un malain plaisir à leur répondre “C’est parce que je veux courir avec mon papa!” À ce moment-là on enlève les derniers vieux morceaux de linge que nous portons, car dans ce genre de marathon là on s’habille avec du vieux linge question de se garder au chaud jusqu’au départ. Rendu à la ligne de départ il y a des bénévoles qui ramassent le vieux linge, qui sera remis plus tard à des démunis de la région de Boston!

Et puis c’est le départ, au début ça prend quelque minutes avant que le groupe prenne une vitesse de croisière, on est dans une côte en descendant et aussi loin que l’on peut voir devant c’est plein de coureur. Quel moment spécial que de finalement y être, on court le marathon de Boston!! Une chance qu’il y a beaucoup de monde, ça nous empêche de partir en sans génie!

Le premier 5 kilomètre se déroule très rapidement, on arrive au tapis et on voit Marie-Ève et Hélène qui sont la sous la pluie à nous encourager! À ce moment-là Alex me dit, ça serait cool si on pouvait courir ce parcours la 8 fois de suite. Les cinq premiers kilomètres sont tellement rapides, ça descend tout le temps!

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J’avais ajusté ma montre pour qu’elle « lap » à tous les 8 kilomètres, c’est mon petit truc pour me rappeler de prendre un gel. Donc la montre sonne et notre allure moyenne est à ce moment-là de 4:39/km, peut-être un peu rapide pour un gars qui n’a pas couru de longue distance depuis six semaines. Mais bon, on s’amuse alors on ne s’en fait pas trop, qui sais le body va peut-être me surprendre après tout!

Les kilomètres de 8 à 16 se déroulent rapidement aussi, quoi que nous ayons quelque peu ralentis, le parcours étant moins rapide qu’au début. Notre allure pour ce lap est de 4:50/km, si on maintient ce genre d’allure là on devrait rentrer pas mal dans 3h20/25, parfait on est sur le plan!

Rendus autour du 20ième kilomètre je commence à ressentir une douleur dans ma hanche droite, possiblement ma bandelette. Alex et moi on en discute un peu, c’est une douleur que l’on connait tous les deux et on conclut que c’est endurable 😉

Autour du 21ième kilomètre on passe dans le « scream tunnel », à cette endroit le parcours passe proche d’un collège de fille et plusieurs filles viennent encourager les participants du marathon en criant de toute leur force. Qui plus est, quelques-unes d’entre elles nous offrent même un petit baiser pour nous aider à terminer la course 😉

Dans les kilomètres qui suivent je ralentis quelques peu, on termine ce bloc de 8 kilomètres avec une moyenne 5:02/km. Je commence à me faire à l’idée que la journée va peut-être être un peu plus longue que j’avais appréhendé après tout.
À ce moment-là j’ai une douleur dans le quadriceps gauche, ce qui n’est pas bon signe avec 18/20km à faire encore. J’en parle avec Alex, je lui dis que ça commence à regarder mal pour la suite des choses selon moi et que s’il veut partir et courir à son rythme je le comprends. Il se retourne et me demande si je vais prendre le train pour me rendre à l’arrivée ou si je vais le terminer. Pas question de ne pas terminer une course, sauf dans l’ambulance. Donc je vais la finir coute que coute! Il me dit qu’il va rester avec moi à se compte la. Alors on continue à courir.

Autour du 25ième kilomètre les filles sont là pour nous encourager, Alex arrête jaser avec elles un peu mais je ne peux pas m’arrêter, je commence à avoir plus de misère et je ne veux pas arrêter de courir.

Le quatrième bloc de 8 kilomètre est de plus en plus difficile, 5:36/km. Je commence à marcher de plus en plus souvent. Rendu la, mes deux quadriceps me font souffrir. Une crampe dans chaque ce qui rend de plus en plus difficile le simple fait de courir, et ce peu importe la vitesse. Lorsque l’on s’approche de la première des trois côtes Alex me dit qu’il a le goût de la sprinter, je lui donne ma bénédiction « Amuse toi mon chum! »

Il est en haut de la côte, sur le bord de la route et encourage les coureurs quand je le rejoins. Quand on s’approche de Boston College c’est fou, il y a une tonne d’étudiant sur le bord du parcours et Alex s’amuse à leur donner la main à tous et chacun. Ça les crinquent encore plus et ils crient tellement fort c’est fou. Alex court d’un bord à l’autre de la rue et tape dans toutes les mains, tellement qu’il n’arrête pas de se faire mettre sa montre sur pause.

On est au 35ième kilomètre environ, il me dit « lâche pas le gros, ils nous en restent juste 7 kilomètre. On ne sort même pas court de même sur l’heure du diner! » Il a raison mais je souffre tellement, c’est comme si j’ai des couteux dans les deux cuisses et à chaque fois que je bouge les couteux descendent plus profond dans mes quads.

À ce moment-là je suis gelé, il pleut, il vente et il fait froid. Et je ne suis pas habillé pour marcher dans la pluie. À un moment donné il y a des bénévoles qui donne des couvertures sur le bord du parcours pour nous réchauffer. Alex en prend une et l’attache comme une cape de Superman, et il vole d’un bord et de l’autre du parcours à remercier les spectateurs qui sont présent malgré le temps maussade.

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Rendus autour du 38/39ième kilomètre je vois une fille qui jette son gilet du marathon par terre. Je n’en reviens pas, avoir fait tout ce chemin avec le gilet et le jeter à quelques kilomètres de l’arrivée. Rien à y comprendre!

On arrive, plus que deux kilomètres, quoi que à ce moment-là deux kilomètres ça me semble énorme! À un moment donné on doit passer sous un viaduc, c’est à peine si on descend et remonte de l’autre côté. Mais ça me semble énorme et je me mets à marche rendu dans la partie la plus basse. Je dis alors à Alex on recommence à courir rendu en haut! Il me regarde alors et me dit « En haut de quoi? » J’imagine que l’énorme côte que je voyais n’était en fait qu’une petite bosse 😉

On y est presque, on tourne à droite, puis à gauche et on voit finalement le finish line. Alex me dit alors « Je suis sûr que tu t’es gardé du jus et que tu vas essayer de me clencher au finish » J’aurais aimé avoir un peu de jus pour à tout le moins faire semblant de partir mais le peu de jambes qu’il me reste je le garde pour courir les derniers 500 mètres!

On termine finalement le marathon de Boston, en même temps, avec un temps de 3 heures 46 minutes. Très loin de ce que j’imaginais faire quand on en parlait Alex et moi lors de nos sorties cette hiver.

Mais on ne sait jamais ce que nous réserve l’avenir. Une blessure à cinq semaines du marathon qui m’a forcé à souffrir d’une manière différente de ce à quoi je m’attends lorsque je cours un marathon.

Par contre cette même blessure m’a prouvé une fois de plus à quel point notre amitié est forte. Je ne pourrais jamais assez te remercier Alex, merci d’être resté avec moi lors d’une journée difficile. Merci d’avoir sacrifié ton marathon pour rester avec ton chum! C’est beaucoup plus apprécié que tu ne peux l’imaginer 🙂

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Merci à Marie-Ève et ma conjointe Hélène d’avoir été présente tout au long de cette journée froide et pluvieuse, et de nous avoir encouragés. Un gros merci aussi à tout le monde qui nous ont suivi à distance, et qui nous ont envoyé des pensées positives 🙂

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