No 127, 29 novembre 2025.
Je suis parti courir. Après mon menton qui venait de tomber lorsque la caissière de l’épicerie m’a demandé : « Alors, avez-vous fini ça tard samedi? » Statistiquement, si une émission de télé est écoutée le samedi par plus d’un million de téléspectateurs, possible qu’un de ceux-ci te reconnaisse dans les jours suivants. Mais lundi matin, la première personne que je rencontre?
Marie avait appris en mai qu’on lui consacrerait un « En direct », l’équivalent showbizz du Temple de la renommée.
Mise en contexte : si vous êtes un lecteur régulier des Parti courir et que vous ignorez que Marie-Lyne Joncas est ma fille, vous avez sûrement sauté des paragraphes quelque part. Mais bon, oui, c’est ma fille. Un cadeau du ciel que j’ai connue quand elle avait 5 ans et adoptée quand elle en avait 33. Il m’a juste fallu 28 ans pour me décider à l’adopter, c’est tout moi ça, Monsieur impulsivité.
Marie, donc, a reçu le fameux questionnaire qui permet d’identifier la trame sonore de la vie de l’invité et discuter avec les recherchistes. Ensuite, tout se déroule dans le plus grand secret. Au cours de l’été, l’équipe de France Beaudoin a contacté les proches à la recherche d’anecdotes, de surprises, drôles ou touchantes qui déstabiliseront l’invité. Mme Ménard et moi avons contribué quelques suggestions au contenu.
Plus tard, début automne, les choses se sont précisées. Kim la recherchiste nous a demandé si on était prêts à chanter.
– Mme Ménard : Oui, bien sûr!
– Moi : Noooooonnn!
Dieu merci, l’équipe a accepté l’idée d’une forme de Parti courir « spécial Marie-Lyne ». Sinon, j’envisageais un numéro de mime (ben non!) ou de danse à claquettes (encore moins!) ou plus simplement de rester assis dans les gradins.
Quelques semaines avant l’émission, on reçoit un aperçu du déroulement prévu et, pour la chanteuse, une maquette audio pour qu’elle puisse répéter. Ce qu’elle a fait avec enthousiasme. Est-ce que je connais maintenant par cœur les trois paragraphes de « Coming Back to You » de Bryan Adams qu’on avait confiés à Mme Ménard et Valérie la cousine de Marie? Par cœur. Plus que Bryan Adams lui-même!
Finalement, le Grand jour. La veille du Grand jour pour être précis. Pour le direct de samedi, les répétitions débutent le vendredi matin. On se présente au studio pour être pris en charge par l’équipe de production qui va nous guider dans toutes les étapes de préparation.
Progressivement, les répétitions nous permettent de découvrir de quoi sera composé l’Univers de Marie-Lyne. Ça va de « C’est certain qu’il (elle) devait être là » jusqu’à « ben voyons donc! »
Dans le premier groupe, Bobby Bazini; Gildor Roy et Jason Roy Léveillée de la série Dumas, le fameux POC du grand chantier Rona.
Dans le deuxième, ses amis Sébastien Arribas et Jade Charbonneau qui chantent ensemble, la chanson « Ensemble »; Allan Theo et Christophe Mali qui débarquent de Paris pour lui chanter sa jeunesse; Bedouin Soundclash qui fait une première présence au Québec juste pour elle.
Plusieurs beaux flashes : la cousine sosie Marypier qui ouvre le show, habillée pareil comme l’invitée, Jacques l’Heureux, le Passe-Montagne de son enfance, Eve Côté qui chante des choses chères au Grandes Crues (Belinda!).
19h00, samedi. En direct. Pour un million de téléspectateurs.
Si on était nerveux? Oui… mais pas trop finalement. Les répétitions font qu’on a agrandi peu à peu la zone confort. Ceci dit, si on avait mesuré notre pression juste avant que la lumière rouge de la caméra s’allume, le résultat aurait été inquiétant.
Le train part à l’heure, 19h00 pile. Cinq secondes plus tard (me semble que ça a duré cinq secondes), Ève pousse la dernière note d’une vieille chanson de Claude François, exactement au moment prévu, sur les derniers crédits qui déroulent à l’écran.
Déjà fini. Comment ils arrivent à faire ça, semaine après semaine?
Note : Je relis ce que je viens d’écrire et je me dis que c’est long en faits mais court en sentiment. Or, le plus important c’est ce qu’on a ressenti.
Ce n’est pas le Parti courir que je voulais (ou devrais) écrire.
Alors, je me permets, exceptionnellement, une seconde version de chronique sur le même sujet, cette fois en format « impressionniste ».
Parti courir no 127b
Lundi
Je suis parti courir. Après l’attitude à adopter quand on vient de se faire féliciter, un lundi matin, pour son passage à la télévision nationale, deux jours auparavant.
Ça ne m’est pas arrivé souvent. Jamais pour être bien honnête.
Mais, évidemment, ce lundi matin ne suivait pas n’importe quel weekend.
En mai, quand l’équipe de France Beaudoin a annoncé à Marie qu’elle aurait son « En direct de l’Univers », elle en était vraiment contente. Vraiment, vraiment contente. Ah, pis bon, ça coûte pas plus cher : vraiment, vraiment, vraiment contente.
Nous, on était très heureux pour elle. Nous savons à quel point elle adore cette émission et y être invité c’est une grande marque de reconnaissance de la place que tu occupes dans ton métier, de l’affection que le public et ton milieu te porte.
Heureux et, dans mon cas, inquiet : généralement, le « En direct » implique la participation, souvent maladroite, de l’entourage familial. Qu’allait-on me demander de faire?
Mme Ménard, elle, n’avait pas le même niveau d’anxiété. Au premier contact avec la recherchiste, elle a littéralement offert de descendre du plafond! (Marie en avait fait autant pour Ève, sa consoeur des Grandes crues.) La proposition n’a pas été retenue. Avouons que ça aurait fait de la grande télévision.
Je passe en avance rapide les étapes de préparation pour vous amener avec moi en studio pour les répétitions, la veille de l’émission.
On découvre rapidement ce qui sera la trame de fond de toute l’expérience : l’équipe de France Beaudoin compte une proportion anormalement élevée de bon monde. En fait, 100% de bon monde!
De la recherchiste Kim, notre premier point de contact (une soie), jusqu’à la grande patronne France, ils sont tous sortis du même moule : hyper professionnels, d’une extrême gentillesse, pas stressés pas stressants, beaucoup d’écoute.
J’oubliais : humbles. Ils pourraient la jouer vedette, après tout, ce sont des visages très connus mais non, Virginie, Jean-Benoit, choristes et musiciens ignorent complètement ce que c’est d’avoir la grosse tête.
Ce show-là c’est comme une bulle de bonheur. Plusieurs bulles en fait.
Il y a d’abord le bonheur pour des fans comme nous de découvrir comment tout cela se fabrique, avoir la vision de l’intérieur.
Ensuite le bonheur de rencontrer un tas de gens qu’on imagine être de bonnes personnes et qui s’avèrent l’être.
Le bonheur de voir celui de Marie devant le « comme un surprise party mais tu sais que ça va avoir lieu » qui lui était offert. Elle dansait sur toutes les musiques, connaissait toutes les paroles (même les pas faciles de Tryo), vibrait à voir ses amis et parents sur scène. Juste sa réaction quand elle a vu « un comédien qu’elle apprécie beaucoup » lui chanter Harry Styles…
Le bonheur d’étirer la soirée après l’émission. J’ai eu de longues jasettes avec entre autres :
– Bobby Bazini et sa blonde/directrice de tournée à propos du whisky, de Springsteen, de la différence entre le Lac et le Saguenay (il l’a appris à la dure, lors d’un show à Dolbeau)
– Claude Bégin à propos de musique, de technologie et de vivre en ville (il habite à deux pas du studio où est captée l’émission).
– Antoine, un vieil ami de Marie, à propos de restauration (il opère cinq restaurants), d’édition (il avait fait la mise en page de la toute première version du livre Parti courir) et de Maisonneuve-Rosemont puisque sa sympathique conjointe y est infirmière clinicienne en pédiatrie.
– France Beaudoin, à propos de Jonquière puisque nous avons en commun d’y être passé par Art et technologie des médias et de ses vertigineuses bottes. J’avais toujours pensé que c’était humainement impossible de marcher avec de tels talons. La réponse, oui… et non. Oui, elle me jure même que cela peut avoir un effet thérapeutique. Non, elle est en pantoufle jusqu’à quelques secondes de l’entrée en ondes!
Je suis ressorti de là sur un nuage, Mme Ménard aussi. On a réécouté l’émission en arrivant. Pas beaucoup dormi ensuite, trop de musique et d’images dans la tête.
Le nuage s’est étiré le dimanche. Bien sûr qu’on a réécouté l’émission.
Lundi matin est arrivé. Avec quelques courses à faire après une prise de sang au CLSC. Un vrai lundi matin. Je me faisais la réflexion qu’après le weekend qu’on venait d’avoir, je tombais de haut quand je suis arrivé à la caisse du IGA. J’ai mis mes articles devant la caissière. Elle a relevé la tête : « Avez-vous fini ça tard samedi soir? »
Finalement, le retour sur terre serait peut-être moins rude que prévu.


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