Parti courir no 129, 2 juin 2026.

Je suis parti courir. Après un mot. Le bon, celui qui décrirait ce que je ressens ce samedi de la fin de mai à St-Ignace de Stanbridge, dans le brouhaha qui précède le départ des premiers pelotons du Défi Cyclo Myélome.

Je ne dirais pas que je me retrouve dans un « événement » c’est beaucoup trop impersonnel. Je ne dirais pas non plus que me suis avec ma « communauté ». Oui, il y a un sentiment d’appartenance mais il me semble que communauté c’est un peu froid.

Le mieux que je trouve? La famille. Oui, la famille. Au fil des éditions du Défi (j’y suis depuis 2017), j’ai l’impression de m’être crée une famille élargie dans toute cette gang-là.

Tous ses membres sont évidemment liés par un dénominateur commun, le myélome multiple. Ils sont patients, frère, sœur, parents, amis, collègues, médecins et membres des équipes médicales ou, parfois, comme c’est le cas pour beaucoup de nos bénévoles, juste du monde avec un gros cœur généreux.

Ils ont aussi comme dénominateur commun d’en savoir plus que la majorité du monde sur ce qu’est le myélome multiple. Sûrement le seul groupe où quelqu’un peut, comme le Dr Richard LeBlanc, s’amuser à réciter à toute vitesse une longue liste de molécules aux noms aussi improbables qu’imprononçables : daratumumab, bortézomib, dexaméthasone, carfilzomib, Isatuximab… et être accueilli par une audience qui opine du bonnet : « ha, ben oui, l’Isatuximab, c’est sûr. »

Soit que les membres de la famille comprennent ce que signifient tous ces noms ou, plus simplement comme le disait Marie-Lyne la porte-parole du Défi : « Quand le docteur LeBlanc parle, on ne comprend pas tout mais on comprend l’essentiel, qu’il y a des progrès, que la science fait son travail, et que nous aussi on fait notre part en soutenant la recherche ».

Dans la famille, aussi, on baisse la garde, on accepte d’être plus ouvert, plus fragile. Encore le docteur LeBlanc tiens, lui, ce grand cartésien qui, au moment de terminer son discours, se tourne vers Francine et Maryse pour les remercier et, saisi d’une bouffé d’émotion, doit arrêter de parler quelques secondes. Ça l’a pris par surprise.

Nous aussi.

Mais j’étais dans le même angle que lui et je dois dire que l’image de Francine et Maryse, ces monuments de résilience, se tenant par la taille, fières d’avoir réussi leur coup encore une fois, était très jolie. Très touchante.

 Heureusement je n’avais pas le micro dans les mains.

La famille c’est aussi les relations qui se nouent, les locataires de la section « Chalet » qui se retrouvent chaque année avec plaisir, même si, cette année, notre soirée de potinage annuelle du vendredi a coïncidé avec l’élimination du Canadien.

À ce propos, dans la famille, il y a aussi des compétences importantes au moment opportun. Vous auriez dû voir mon ami Claude, Martin de la gang à Boulay et quelques autres plus ou moins utiles se battre contre un Wifi pas fiable pour synthoniser TVA Sports. Sans tout dévoiler, je vous résume ça en disant qu’il a fallu utiliser un gadget qu’on achète sur Amazon, le téléchargement d’une application (à toute petite vitesse) et le débranchement d’une télé dans un magasin Tanguay de Trois-Rivières. Oui, une prouesse technologique!

Le samedi matin, dans le brouhaha d’avant le démarrage, on retrouve les vétérans, on salue les nouveaux, on prend des nouvelles de l’un et de l’autre, bonnes nouvelles généralement mais, oui ça arrive, parfois de moins bonnes.

C’est comme ça, particulièrement dans cette famille.

Et le Défi comme tel, vous demandez? Pas mal plus facile que celui de l’an dernier qui s’était déroulé le froid et la pluie.

On a fini ça comme dans les bonnes familles, par un 5 à 7 avant un souper où ça parle fort. Les 300 mètres de vent de face deviennent des kilomètres de bourrasques, les côtes se transforment en montagnes, les quelques trous rencontrés, des cratères. Vous le savez, ça exagère toujours un peu dans les familles.

Parfois, je rêve d’un départ « familial » représentatif de l’esprit du Défi. Pas de pelotons, pas de vitesse prescrite. Tout ce beau monde part ensemble, 50 cyclistes de long et 4 de large, on placote tout le long et on arrive… éventuellement.

Je sais, je sais, il y a mille raisons pour lesquelles c’est infaisable mais bon, dans les familles il y en a toujours comme ça pour imaginer des scénarios impossibles.

Et même les raconter.

P.S. J’arrive à la fin de cette chronique et je réalise que j’ai oublié de vous parler de tellement de personnes. Notamment :

– De Marie-Claude Houle-Beausoleil, notre porte-parole du côté « patient », une toute jeune femme d’un immense dynamisme.

– De Marie-Lyne Joncas, que je vois avec fierté grandir chaque année dans son rôle de porte-parole.

– De Marie-Ève et Sébastien, de l’équipe des Fessiers de tôle qui, même dans l’impossibilité de participer cette année, ont trouvé le moyen de faire une très généreuse contribution au Défi 2026.

– De mes amis les encadreurs qui non seulement reviennent d’année en année mais en plus développent des liens avec leurs pelotons au point de me demander dès maintenant de leur réserver « leur » gang pour 2027.

– De Diane Léger, la troisième, méga importante, mais moins visible organisatrice du Défi Cyclo Myélome, que je réussis souvent à rebaptiser et qui me le rend bien en m’appelant M. Delaunière.

– Évidemment de Mme Ménard, fidèle au poste, étrennant un genou neuf avec bonheur. Encadreuse privée de sa fille.

– Et, parlant genou, de Martine Élias, présidente de Myélome Canada qui, elle, à peine deux semaines après le remplacement d’un genou, a tout de même tenue à être avec nous. Pas une fragile, la madame.

Une bien belle famille, joyeuse, résiliente, généreuse.


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