Parti courir no 131, 18 juin 2026
Je suis parti courir. Tranquillement, pas longtemps, sur un tapis roulant. Un genou tordu au hockey à la fin du printemps m’incite encore à la prudence même si, pour l’instant, ça a l’air de tenir.
J’ai dans les oreilles le podcast de Conan O’Brien et devant les yeux, un match de la Coupe du monde (Suède-Tunisie). Ni Conan, ni les athlètes ne réussissent cependant à capter mon attention. Je pense toujours à un article de La Presse d’aujourd’hui (14 juin) à propos d’une jeune femme frappée par le Syndrome de Guillain-Barré.
Syndrome de Guillain-Barré? Une maladie auto-immune où les nerfs d’une personne sont attaqués par son propre système immunitaire. Tout le réseau nerveux s’écroule progressivement (en quelques jours ou semaines). Ça peut aller jusqu’à la paralysie quasi-totale.
Dans ma famille, on est familier avec la terminologie et les effets parce que, il y plusieurs années de cela, ma belle-sœur Christiane en a été atteinte.
Elle était en visite chez sa fille, aux fêtes, quand elle a commencé à se sentir mal. Le premier janvier, à l’urgence de l’hôpital de Sainte-Agathe, un jeune médecin allumé lui diagnostique le Guillain-Barré. Transfert immédiat à l’institut neurologique de Montréal, mieux connu comme « le Neuro ».
24 heures plus tard (24 heures!) elle était complétement paralysée, placée sous respirateur. Seuls ses yeux bougeaient encore.
La maladie comporte trois phases. D’abord la phase d’extension, de un jour à plusieurs semaines où apparaît une faiblesse qui mène à la paralysie partielle ou totale. Ensuite, une phase de plateau, plus ou moins longue où les symptômes perdurent. Finalement, une phase de récupération dont la durée varie selon la gravité du cas.
Christiane avait tiré un mauvais numéro à la loterie. Un cas très grave. Son état a fini par s’améliorer mais très très lentement. Ce n’est que le 24 juin qu’on a pu lui retirer le respirateur artificiel. Le 13 juillet, 6 mois et demi après y avoir été admise d’urgence, elle recevait son congé.
Elle n’était pas sortie de l’auberge mais au moins elle était sortie du « Neuro »!
Et pouvait enfin retourner au Lac-St-Jean. Revoir le lac.
N’importe quel « bleuet » vous le confirmera, quand on est né pas loin du Piékouagami, on a un peu d’eau dans les veines. Je retourne au Lac chaque été et j’ai encore un petit frisson quand je l’aperçois pour la première fois. Alors imaginez après 6 mois et demi d’anxiété dans un vieil hôpital très loin de chez vous.
C’est probablement ce que racontait Christiane dans l’ambulance qui la ramenait à Roberval. Dans le véhicule, il y avait aussi sa fille Hélène et deux ambulanciers. De Montréal à Roberval par la 40, la 55 puis la 155, un grand bout d’autoroute, le chemin sinueux qui longe le St-Maurice et la forêt, de La Tuque jusqu’au Lac-Bouchette. Le temps d’en raconter des affaires.
Ce jour-là, le chauffeur avait une bonne oreille. Il a bien réalisé, au fil des kilomètres et de la conversation, à quel point c’était important pour Christiane de retourner à la maison. Enfin revoir le Lac.
Alors quand, à quelques kilomètres de Chambord, il a aperçu la halte routière, il a dû se dire qu’il ne pouvait pas manquer l’occasion. Il s’est stationné de reculons pour avoir le meilleur angle, remonté le dossier de la civière et, comme des rideaux au théâtre, il a ouvert toutes grandes les portes de l’ambulance.
« Tenez madame Christiane. Le v’là votre Lac! »
Hélène se souvient : « On est resté quelques minutes à l’admirer, sans rien dire. Nous, assis par terre, maman droite dans sa civière. On n’avait pas besoin de parler ».
Le Lac était amplement éloquent.
Christiane était revenue à la maison.
Épilogue 1 : Christiane était revenue à la maison… mais pas chez elle. Elle passera encore une année à l’hôpital de Roberval, en rééducation. Elle a fini par regagner une bonne partie de ses capacités, suffisamment pour avoir une belle et bonne vie, entourée des siens. Pas loin du Lac.
Épilogue 2 : Sur le trajet entre Montréal et Roberval, ça avait cliqué entre Hélène et un des ambulanciers, Benoit. Ils ont gardé le contact, de plus en plus jusqu’à ce que, 8 ans plus tard, ils s’installent ensemble. Hélène a été la belle-mère des jeunes enfants de Benoit pendant 7 ans. Les adultes sont aujourd’hui séparés mais Hélène est toujours dans la vie des enfants : « Ça a changé ma vie et ça m’a permis d’avoir deux beaux-enfants avec qui j’ai toujours une super belle relation »
Je vous entends et vous avez raison. Oui, c’est une histoire qui finit bien.
Remerciements :
Merci à Hélène pour son excellente mémoire.
Merci à Françoise Lapointe de Chambord pour la photo du Lac, photo prise sur mesure pour que vous ayez le même angle de vue que Christiane!

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