No 132, 1 juillet 2026
Je suis parti courir. Encore sur le tapis roulant, pas prêt pour la grande route mais ça avance. Ça avance, oui, mais pas aussi vite que les événements qui eux se sont bousculés, chez moi, sur le front automobile.
Je dois d’abord vous dire qu’après une cinquantaine d’années de conduite sans le moindre incident ou accident, j’ai fini par ternir mon dossier impeccable. Rien de très grave mais tout de même, un accident.
Je vous fais la version courte, je roule boulevard du Séminaire à St-Jean-sur-le-Richelieu, en direction de l’hôpital, début d’après-midi. Levé tôt après une courte nuit, une partie de golf, retour à la maison, un sandwich, quelques commissions, additionnez le tout et la fatigue a été suffisante pour que je ferme les yeux au volant, tout au plus quelques secondes.
Quand je les ai ouverts, j’avais accroché une bordure de ciment et je me dirigeais tout droit vers une borne fontaine.
Note : j’aimerais ici préciser que la borne-fontaine en question n’a fait absolument aucun effort pour s’enlever du chemin, démontrant ici un manque flagrant d’esprit de collaboration.
Je reprends la description où j’étais, en direction de la borne-fontaine. Entre « je suis en direction » et « Bang! Je viens de la faucher » il s’écoule… pas grand temps. Ensuite, le coussin gonflable me saute au visage, l’auto fait un tête à queue et je me retrouve, à l’envers du sens de la circulation, indemne mais surpris.
Là, vous avez en tête l’image qu’on voit dans les films d’actions, le héros poursuivi par les vilains qui prend le trottoir pour éviter des voitures et fauche une borne-fontaine, déclenchant un impressionnant geyser de plusieurs dizaines de mètres de haut.
Ça c’est Hollywood. Dans la réalité?
Rien. Pas une goutte d’eau. La borne est tombée sur le côté, juste l’air d’un début de poteau qui se cherche de l’ouvrage.
Quand les agents sont arrivés j’ai demandé à la jeune policière :
– Coudonc, c’est pas censé couler, ça?
– Ben oui hein, me semble que ça devrait.
Son collègue plus âgé avait la réponse
– Y’a une valve, justement pour éviter que ça arrive.
On s’est regardé la policière et moi, un peu déçus tous les deux. Tant qu’à faire un fou de soi sur la route, autant y aller pour la totale avec les jets d’eau pis toute, pis toute.
Mais bon, la vie, c’est pas les vues.
Les policiers ont fait leur devoir, la Miata a été remorquée en lieu sûr et Mme Ménard est venue me récupérer.
Après, comme on dit, la puck s’est mise à rouler du bon bord.
En six jours, j’ai fait ma réclamation d’assurance, on a déclaré ma voiture « perte totale » avec une indemnisation très correcte et j’en ai trouvé une autre, quasi identique, en excellent état, plus jeune avec un peu moins de kilomètres au compteur.
Je passe rapidement sur les étapes administratives, juste pour vous dire que le tout s’est déroulé admirablement, de l’efficacité et la courtoisie des représentants de la compagnie d’assurance jusqu’à la grande gentillesse des vendeurs de la nouvelle voiture.
Vous dire comment les choses se sont déroulées rondement, même l’étape SAAQClic s’est passée comme un charme. Évidemment au prix que ça a coûté, on imagine que le « comme un charme » on l’a pas mal payé, mais quand même, remarquablement convivial et efficace.
Bref, tout cela s’est bien passé. Et on dit quoi généralement quand les choses se passent bien? On n’en parle pas!
J’ai pendant longtemps donné des cours avec mon ami Robert Pelletier. De la « formation média ». Surtout sur la préparation aux entrevues mais on parlait aussi du monde des médias en général. Souvent, des participants exprimaient leur frustration face aux bulletins de nouvelles en disant : « Y’a juste des mauvaises nouvelles! »
Moi, je les surprenais toujours en répondant que justement, c’était vraiment une bonne chose.
Je m’explique. Une « nouvelle » par définition, c’est ce qui est « nouveau », pas régulier, hors-norme. Les voitures circulent sur l’autoroute, c’est normal. Elles sont arrêtées… il y a un problème (et une nouvelle).
Imaginez le reporter sur le bord d’une voie rapide, qui annoncerait très sérieusement : « Aujourd’hui, les voitures circulent sur l’autoroute 10 ». Transposez cela à tous les sujets : « Aujourd’hui, la terre n’a pas tremblé au Venezuela », « Aujourd’hui, les avions commerciaux ont tous volé sans problème ».
Vous me suivez? Ce que cela signifie, c’est que de façon générale, le monde tourne plutôt rond et que, Dieu merci, ce sont les incidents qui font la nouvelle, non pas les moments où ça va bien.
Alors, un accident dont les dégâts se limitent à de la tôle, réglé rapidement et facilement dont le résultat net est une meilleure voiture?
Ça ne fera pas la manchette… mais c’est une bonne nouvelle!



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