Parti courir no 128, 4 mars 2026.
Je suis parti courir. Après le bouton d’appel de la préposée. Une heure trente du matin, je dois aller faire un petit tour aux toilettes. Moi et la vingtaine de branchements en tous genres qui m’accompagnent pour la nuit.
Aller aux toilettes en trimballant l’équivalent de la « couette de fils » d’un Chevrolet Belair 1961 (j’en ai eu un, je sais de quoi je parle) ça demande de la patience, de l’aide et des précautions. Rendu sur place? Planning stratégique, acrobaties et un peu de chance.
Je ne vous donne pas plus de détails, je vous laisse quelques instants pour imaginer la scène.
C’est fait?
Alors je peux reprendre mon histoire. Et vous fournir quelques explications.
J’ai depuis longtemps des problèmes d’insomnie qui se sont amplifiés ces dernières années. Au point où j’en suis venu à me dire que j’avais besoin d’aide médicale, que j’ai trouvé à la clinique du Centre d’études avancées en médecine du sommeil à l’Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal.
Un « somnologue » vous saviez que ça existe, vous? J’ai rencontré ce médecin spécialiste, fort sympathique d’ailleurs. Longue conversation sur mon sommeil ou plutôt l’absence de. Il m’explique qu’on va s’attaquer au problème par tous les angles possibles, dont celui des causes physiques.
« Vous venez dormir une nuit à l’hôpital, on vous branche quelques capteurs et on va vous filmer. Comme ça on aura des données factuelles sur l’état de votre sommeil. Notamment pour savoir si vous faites de l’apnée ».
Bon, rien de bien stressant là-dedans. Je dors mal à la maison, alors je vais juste aller mal dormir à l’hôpital.
Je me retrouve ainsi un lundi soir devant une technicienne qui m’explique la démarche : fermeture des lumières à 22h00, pas d’accès à internet, pas de lecture, pas de télé. Je serai sous haute surveillance jusqu’à 6h00.
« C’est bon? Me demande la technicienne. Maintenant on va installer les capteurs ».
J’aurais dû garder un peu de scepticisme quand le somnologue a parlé de « quelques » capteurs.
Juste sur la tête, j’en ai compté 14. Sans oublier une ceinture abdominale, une deuxième ceinture plus haut, quelques autres capteurs pour le cœur et même une série sur les jambes.
Tout ça est collé au corps avec du gel et une couche d’adhésif pour garantir la connexion pendant tout l’exercice. La technicienne ne prend pas de chance, elle ne lésine ni sur le gel, ni sur l’adhésif. On devrait s’amuser à la fin du test.
Mes capteurs et moi on retourne ensuite à la chambre en attendant 22h00. Peinture deux tons beige sur beige, fenêtre fermée hermétiquement, quelques meubles tirés de la collection « pas beau, pas tuable » si populaire dans nos établissements de santé. Cette chambre ne déparerait pas dans une prison.
22h00. Je m’allonge sur le lit (il provient de la même collection), la technicienne relie mes fils au panneau de contrôle avec environ un mètre de jeu. Je peux me tourner dans le lit mais si je veux m’assoir, je dois glisser pour me rapprocher du panneau et garder la tête un peu penchée.
Bah, c’est juste un mauvais huit heures à passer, le café n’en sera que meilleur après. Ça ne sera pas si pire.
Erreur. Ça été « si pire ».
En partant, je dors mal. Je ne me couche jamais avant minuit alors imaginez deux heures plus tôt dans une chambre inconfortable, avec une masse de fils emmêlés qui vous suit plus ou moins à chaque mouvement.
Il parait que j’ai dormi. Suffisamment en tout cas pour qu’ils aient pu obtenir tout ce dont ils avaient besoin comme données. Je les crois sur parole. Faute de repère, je dirais 2-3 heures tout au plus. Vous dire si j’étais content d’entendre la technicienne m’annoncer que c’était fini.
Tel que prévu, l’enlèvement des capteurs (l’arrachage?), a été passablement douloureux mais rendu là, c’était le moindre de mes soucis.
Je suis sorti de l’hôpital, il faisait encore noir. J’ai mis le GPS pour retrouver mon chemin vers la maison en priant pour qu’il me fasse passer devant un vendeur de café. Je tourne à gauche en sortant du stationnement, je roule 200 mètres et qu’est-ce que je vois : un Tim Hortons.
Heureux comme un Bédouin rendu à l’oasis, je commandé un grand format. Deux longues gorgées plus tard j’ai repris la route en me faisant le constat qui s’imposait.
Finalement, c’était pas si pire.

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