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Parti courir no 121

Je suis parti courir. Au niveau huit. Sur le tapis roulant de mon gym, l’effort se mesure en niveau. Pas en distance parcourue, pas en vitesse, en niveau. À force d’avancer sur le tapis, on finit par trouver ce qui nous convient, en espérant que cela ne concorde pas trop mal avec l’allure désirée lorsqu’on reviendra à la course extérieure. Pas parfait comme substitut mais pas si mal. Après tout, la perfection n’est pas de ce monde, n’est-ce pas?

Erreur. La perfection existe. Pas souvent, généralement pas longtemps, mais elle existe. Je l’ai d’ailleurs personnellement croisée récemment.

Retour en arrière, jusqu’en 2016.  Mme Ménard et moi, nous sommes dans la salle d’attente de mon oncologue, à attendre un verdict.

« Monsieur Ménard… » 

Ça s’écrit « Monsieur Ménard… » mais ça ne s’entend pas du tout comme ça. Mon oncologue m’invite à passer dans son bureau d’une façon très particulière. Elle a une voix un peu juvénile, plutôt enjouée. Quand elle prononce, le « Monsieur Ménard… », elle fait une demi-pause entre le « Mon » et le « sieur » et ponctue ça du trois-quarts d’un point d’exclamation avec une petite montée de ton sur la dernière note. 

C’est charmant. Pas rassurant, on n’est jamais rassuré à ce moment. Mais quand même charmant.

(Ici j’admets volontiers que je dois être le seul patient à avoir prêté autant d’attention à sa façon d’appeler le prochain client! C’est bien moi, ça.)

En 2016, ce jour-là, malgré le ton charmant de l’invitation à passer dans le bureau, l’objet de la visite s’était avéré être ce qu’on ne souhaitait pas, un myélome multiple. 

Je l’ai déjà raconté dans une chronique (no 79, décembre 2021, Hamilton). Toute cette période de ma vie, l’attente qui semble interminable, le diagnostic, les premiers traitements, l’anxiété causée par mon nouvel état, toute cette période de ma vie a une trame sonore, celle de la comédie musicale Hamilton. 

À l’époque, tous les médias parlaient de Hamilton comme d’un phénomène sur Broadway. Intrigué, j’ai lu et visionné tout ce qui se produisait sur le sujet. J’ai acheté l’album, j’ai même dévoré l’énorme biographie d’Alexander Hamilton qui a inspiré l’auteur de la comédie musicale Lin-Manuel Miranda. Comme bien d’autres, j’ai vécu un coup de foudre. Pendant des mois, des années, la musique de Hamilton a tourné en boucle dans mes écouteurs de coureur. 

J’ai même pensé à aller voir le spectacle à New York mais tout était vendu des mois d’avance. Vendu ET revendu hors de prix! 

Je me suis résigné à attendre patiemment que le spectacle génère des troupes de tournée pour un jour arriver à Montréal. On a fini par annoncer que ce serait à la fin de l’été 2025! J’ai eu le temps de m’inscrire à tous les fan-clubs qui permettent d’accéder à la prévente et…

Le Grand Jour est arrivé. Le jeudi 20 mars dernier à 10h00, ouverture du guichet en ligne. 

Ah non! Manque de chance, j’ai précisément un rendez-vous que je ne peux pas manquer, le jeudi 20 mars à 10h00. 

Mais ça doit pouvoir se faire du lieu du rendez-vous par les applications du téléphone, non? Oui! Un essai infructueux, un deuxième un peu incertain, au troisième, ça fonctionne! Hourra! Deux excellents billets au parterre. À peine le temps de compléter la transaction et de reprendre mon souffle, on m’appelle :

« Monsieur Ménard…» 

Oui, la voix de mon oncologue.

Vous avez compris où était ce rendez-vous. Neuf années après mon diagnostic, c’est assis dans la salle d’attente de mon oncologue, laquelle a eu l’excellente idée d’avoir un petit peu de retard pour mon rendez-vous de routine, que j’ai réussi à acheter mes billets pour Hamilton. 

Cette salle d’attente venait de me rendre ce qu’elle m’avait enlevé, il y a neuf ans.

SI vous voulez mon avis, c’était parfait. 

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1 commentaire

Johanne Jean · 30 mars 2025 à 8h03

Hourra, j’espère que la visite médicale était aussi parfaite. À ta santé 🥂

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